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Chapitres
Je faillis faire un jour une erreur de diagnostic de premier ordre ! Une femme se présenta à ma consultation, pour la première fois, et se plaignit d’une fatigue générale intense, de ne plus pouvoir rien faire, etc. Elle avait un teint bizarre, plombé d’une façon uniforme sur tout ce qu’on voyait de sa peau. Je me dis : « Voilà un cas de la fameuse maladie bronzée d’Addison que je n’ai jamais vue pendant mes études » et je cherchai d’autres symptômes de cette affection. Malheureusement, rien ne cadrait par ailleurs et en particulier sa tension était strictement normale. Je regardai de plus prés, et je pris un gros tampon de coton imbibé d’alcool, et je frottai, et la peau apparut rose ! Ce n’était que de la crasse accumulée depuis je ne sais combien de temps !
J’appris par la suite davantage de détails sur cette personne. Du genre « révolutionnaire-dingue », elle vivait seule dans une masure isolée et le jour où viendrait le fameux « grand soir », son objectif n° 1 était la prise de possession du château des Grimardys ! Se croyant menacée, elle avait un revolver (comment l’avait-elle eu ?) et une nuit; un brave homme qui passait par-là, sur la route et ne la connaissait pas, eut quelques ennuis d’intestin et alla « poser culottes » derrière la maison de la dame. Celle-ci ouvrit le feu sans hésiter en direction du brave homme, heureusement, sans l’atteindre, et ce dernier ne fut pas long à prendre la fuite, probablement sans prendre le temps de se reculotter ! Il alla conter ma mésaventure aux gendarmes qui vinrent trouver la dame et sous prétexte quelconque confisquèrent le revolver… !
Je reviens encore une fois à la montagne pour deux histoires que j’avais oubliées et les protagonistes habitaient à La Renaudie.
La première, concerne une grand-mère qui vint un jour me consulter à mon cabinet, car elle avait la grippe. Après que je lui eus fait son ordonnance, elle me dit que les médecins avaient bien de la chance, car eux, ils n’étaient pas malades et en particulier, n’attrapaient pas la grippe.
« Croyez-vous, lui dis-je, qu’il ne nous arrive pas d’être malades ? Quand, en particulier, j’ai la grippe, je ne vais pas vous chercher pour me soigner ! » Alors, elle, en toute innocence, en il ne devait pas lui être arrivé de connaître ou d’utiliser l’objet en question :
« Non, docteur, je ne vous crois pas. Vous devez sûrement prendre des préservatifs ! !… »
Pour la deuxième, un jeune homme était venu me trouver, car il avait… des écoulements bien gênants ! Je lui donnai un traitement, lui demandant de revenir me voir dans quinze jours, et lui conseillant un abstinence sexuelle complète.
Il revient me voir au bout de quinze jours. Il était guéri et, comme je lui demandais s’il avait bien suivi les conseils d’abstinence, il prit l’air du petit garçon qu’on vient de surprendre trempant son doigt dans la confiture, et m’avoua que … bref…. Je lui dis : « Vous pouviez vous faire du mal. »… et lui, qui en plus bégayait, ce qui n’arrangeait rien :
« Non, do docteur, ça ne m’a pas pas fait du du mal. Je je di dirais même que ça ma m’a que ça ma m’a fait fait du du bien ! »
Une autre histoire sortant, celle-là du domaine purement médical, mais ayant concerné un de mes clients et à laquelle j’ai assisté.
Nous étions allé ce soir-là, Gaby et moi, souhaiter un anniversaire chez des amis instituteurs à l’école du Trévy, village à six kilomètres d’Augerolles, où il y avait encore en ce temps-là, une classe double . L’instituteur était en retard, ayant amené ce jour-là à Thiers, un « élève » déjà âgé de 30 ans, pour passer le certificat d’études des adultes. Il lui avait donné des cours du soir particuliers, car ce brave garçon, qui avait assez mal fréquenté l’école autrefois, en avait bien besoin. Petit cultivateur, ou plutôt ouvrier agricole chez une terrible belle-mère, il briguait l’importante place de facteur des PTT (on ne disait pas encore « préposé ») et avait besoin de ce diplôme pour l’obtenir.
Enfin, maître et élève arrivèrent, plutôt éméchés (le maître, cependant, un peu moins que l’élève !) Car ils avaient bien arrosé le diplôme enfin obtenu ! L’élève voulut à toute force « payer la dernière tournée » dans un des deux bistrots du village pour finir d’arroser ce C.E.P. et là, il nous régala d’une chanson, car il « tinorossinait » quelque peu ! La démarche et la voix quelque peu incertaines, je le vois encore dans l’attitude de Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise :
« Si, si, si, ce n’est qu’une sérénadeuuu..eu..eu… Merde ! J’la sais plus ! »
Enfin il finit par partir, brandissant le précieux diplôme, dans la nuit noire, pour rejoindre son village à un kilomètre de là… Manque de chance, en arrivant chez lui, il s’aperçut qu’il avait perdu le diplôme sur le trajet, et nul ne crut qu’il était reçu ! Ce chemin, il dut le refaire en sens inverse, sur l’ordre de sa belle-mère, pour essayer de retrouver le précieux « parchemin » ! Avait-il une lampe électrique, je ne sais pas. Enfin, rassurez-vous, il retrouva le diplôme, et fit ensuite un excellent facteur, et… tout se termina bien !
Montplaisir, au nom prédestiné, un peu plus loin que mon jardin, où en 1943/44, deux dames dont les maris avaient le grand tort de villégiaturer sur le territoire de la lointaine Germanie, tenaient « maison ouverte ». Elles avaient des clients d’Augerolles et dans les alentours. Mais un soir, un groupe de « légitimes » des clients en question fit irruption et interrompit les ébats en cours. Et pour une belle bagarre, ce fut une belle bagarre !… Comment je fus mêlé à cette histoire ? Rassurez-vous, seulement d’une façon très indirecte : ce fut moi qui, le lendemain, dus soigner les plaies et bosses des protagonistes, tout au moins d’une partie d’entre elles.
J’ai évoqué mes deux rencontres inopinées sur la route en juillet 1944, d’une part avec les soldats allemands près des Mines et d’autre part, avec des maquisards près du pont de la Faye. Mais, par ailleurs, comme beaucoup de mes confrères médecins, j'ai été amené à soigner les maquisards dans des circonstances diverses.
Tout d’abord, un groupe amena un jour à mon cabinet, un des leurs qui était blessé. Le fait n’aurait rien eu de sensationnel , si ceux qui l’accompagnaient, n’avaient pas eu l’idée discutable de monter la garde, arme à la main, devant ma maison. Ma femme les fit entrer à l’intérieur en les invitant à plus de discrétion, car Dieu sait ce qui serait arrivé si un détachement allemand quelconque était passé par hasard à Augerolles et avait aperçu les FFI armés, devant ma porte !
Une autre fois, un groupe de maquisards vint m’attendre au Brugeron, pour aller visiter quelques malades dans leur campement en pleine montagne. La visite m’avait été demandée à mots couverts au téléphone. C’était pendant le mois de février qui fut si enneigé de l’hiver 43/44. Le campement se trouvait dans une ferme d’été (une « jasserie ») au-dessus du hameau de la Cartelade, près de la ligne des crêtes. Je partis avec les deux maquisards qui m’attendaient, je ne me souviens plus par quel moyen au début, mais à partir d’un certain moment, il fallut faire le trajet à pied, dans la neige. Mes deux compagnons de route faisaient la trace, ce qui fait que ce trajet, bien que pénible, fut très faisable. Arrivé au campement, j’examinai les malades, car il y en avait plusieurs, ce qui fait que ma visite prit l’aspect d’une consultation régimentaire à l’infirmerie. Un autre groupe de maquis hébergé dans les environs, mais toujours en pleine montagne enneigée, profita de mon passage pour me faire examiner ses propres malades. Le premier groupe m’y conduisit, et ensuite me servit de guide pour me ramener en direction du Brugeron.
Pendant la période confuse du départ des Allemands de la région, j’eus aussi à soigner deux blessés légers par balles : un, au hameau du Gas d’Augerolles, et à Augerolles même, un autre que je fis d’ailleurs évacuer sur l’hôpital de Thiers qui venait d’être juste libéré.
En juillet 1944, eut lieu dans le bourg de Vollore-Montagne, un accrochage entre soldats allemands et maquisards. Cette action, mal engagée par ces derniers, leur coûta très cher, car plusieurs furent tués. Elle faillit coûter encore plus cher aux habitants de ce bourg, et l’instituteur de l’époque en sait quelque chose, car il dut parlementer et argumenter pied à pied avec le chef du détachement allemand pour éviter les représailles vis-à-vis de la population civile.
Mais pendant ce temps-là, deux jeunes gens d’Augerolles quelque peu inconscients, voulurent aller voir « ce qui se passait » et y partirent en voiture. Au-dessus du Trévy, ils se trouvèrent brusquement face à un camion allemand, abandonnèrent leur voiture, et se sauvèrent au milieu des broussailles, ce qui déclencha une fusillade tous azimuts de la part de Allemands. Cette fusillade fit deux victimes innocentes : deux tout jeunes gens, deux frères, qui arrivaient à ce moment là, tout à fait par hasard dans un chemin tout proche, ils furent tués sur le coup. Quant aux deux fuyards, un des deux avait été blessé par une balle à la jambe et j’eus à le soigner dès qu’il rentra chez lui.
Je viens de parler de visites en montagne, pratiquement sur la ligne de crête. Ce genre de visite ne se renouvela que deux fois par la suite, mais ces deux fois en été, donc dans de meilleures conditions. La première fois, dans une jasserie, pour une jeune fille qui avait un abcès dentaire. Ce jour-là, je coupai un de mes pneus contre un des gros cailloux de la route, alors en triste état ; ce qui fait que je ne gagnai pas ma journée ! ! La deuxième fois, après une longue marche à pied, dans une jasserie accolée à une petite chapelle de montagne. Là vivait avec son garde chasse, tout au moins pendant l’été, un vieil original qui avait une solide réputation d’homosexuel, chose assez rare à l’époque dans la région !…
Quelques faits divers
Il est rare qu’un médecin, surtout généraliste à la campagne, ne soit pas un jour confronté à un fait divers. Je n’échappai pas à cette règle et voici quelques souvenirs que je retrouve à ce sujet.
Le fait divers qui me causa le plus de désagrément, car je connaissais très bien une des deux victimes, se passa un jour de Noël. Le matin de Noël, un jeune homme rentrant chez lui après avoir réveillonné avec des camarades, trouva son père, veuf, robuste et apparemment bien portant, ainsi que la petit amie de celui-ci, étendus tous les deux, morts, et dans la tenue d’Adam et Eve avant le péché (pour eux, c’était plutôt après !) dans la salle de bain et à l’entré de cette dernière.
Aucune trace suspecte de blessure quelconque et l’un et l’autre n’étaient pas d’humeur à se suicider. Mais quand même, appel aux gendarmes, examens, certificats… L’affaire en resta là, sans autopsie, car nous pûmes conclure à une mort naturelle pour l’un qui était un gros hypertendu ne se soignant pas, et accidentelle pour l’autre par fonctionnement défectueux d’un chauffe-eau à gaz, installé dans la salle de bains, sans aucune évacuation des gaz brûlés.
Mais pour toute ma famille, le Noël de cette année-là fut complètement gâché ! J’ai dit que je connaissais bien la victime : quatre jours auparavant, il jouait à la belote chez moi, et la conversation, en dehors du jeu, a porté longtemps sur… les enterrements à Augerolles ! Prémonition ? ? …
Il y eut un homme qui se suicida, dans un village d’Olmet, avec un fusil de chasse… Pas beau à voir !
Toujours dans les histoires de fusil, il y eut le vieux paysan qui tira sur son voisin, pour une sombre histoire de limites de terrain, et qui ensuite tenta de se suicider. Il était sans doute mauvais tireur, car l’adversaire s’en tira avec un morceau d’oreille arraché et une surdité de ce côté. Quant au vieux paysan, il ne réussit qu’à s’abîmer très sérieusement le maxillaire inférieur. A l’hôpital où il fut transporté, il séduisit tout le monde par son genre bon enfant d’autrefois !
Il y eut aussi la femme que son mari trouva un jour, pendue dans le grenier, après une des poutres de la charpente. C’était une malade alcoolique à un degré tel qu’on ne s’attend pas à trouver chez une femme. Par exemple, quand elle allait chez le coiffeur pour se faire faire une permanente, elle emportait avec elle deux litres de vin et les buvait pendant la durée des soins du coiffeur ! Une autre fois, son mari fut fort étonné, lors d’un repas de batteuse, de trouver son tonneau de vin vide, alors qu’il pensait qu’il y avait une quantité largement suffisante, même pour les gros buveurs de ce genre de repas. Et pourtant, ce tonneau était dans un coin « cave » de sa grange, cave dont la porte était fermée à clef, et dont il gardait la dite clef, dans sa poche pour ne pas tenter sa femme. En fait, elle avait déplacé les madriers de bois qui étaient au-dessus de cette « cave », et par ce passage, et le trou de la bonde du tonneau, elle avait siphonné la vin à l’aide d’un tuyau de caoutchouc !…
Il lui fit faire une cure de désintoxication. Peut-être ne supporta-t-elle pas cette cure, car c’est à son retour, qu’elle se pendit.
Un jour, dans les environs du Trévy, village d’Augerolles, un jeune garçon, pupille de l’assistance publique, disparut de chez ses parents nourriciers. Ils alertèrent les gendarmes. Ceux-ci, organisèrent une battue, pour le retrouver, et j’y allai.
Ah ! Pour un beau départ de battue, ce fut un beau départ ! Placés en ligne de tirailleurs, à 20 mètres les uns des autres, et avec une direction à suivre, nous partîmes. Au bout de 500 mètres de marche en terrain accidenté, la belle ordonnance n’existait plus, les uns et les autres s’étant croisés involontairement, cependant que les gendarmes profitaient du passage dans les vergers, plus ou moins abandonnés, pour remplir leurs poches de pommes. Si cette marche « ordonnée » ne permit pas de retrouver le garçon, il le fut quand même à la porte d’une maison isolée, non occupée, et non prévue dans le plan de recherches, en train de manger des noix, par deux des volontaires qui s’étaient souvenus de cette maison et y étaient allés seuls.
Cette fin heureuse ne se renouvela pas pour une autre histoire de disparition :
Une jeune femme disparut un jour de chez elle, fugue déclenchée sous un motif futile et sans rapport avec une mésentente conjugale grave éventuelle. Le mari demanda qu’on l’aide à la retrouver et c’est ainsi que la gendarmerie organisa une battue par équipes indépendantes les uns des autres. J’y allai comme volontaire avec mon beau-frère Robert qui était à ce moment-là en vacances chez moi.
Notre équipe de six, comprenait un gendarme avec un chien policier qui nous fit prendre une piste dans terrain très accidenté au-dessus et dans les environs de Giroux, après qu’on lui a fait renifler un des sous-vêtements de la disparue. Dans cette équipe, il y avait, outre mon beau-frère Robert, un deuxième « Robert », dit « Roro », une joyeux drille qui avait eu une vie très agitée jusqu’ici et qui avait justement habité Giroux, quant il était jeune. Chaque coin de terrain où nous patrouillions, chemins, boqueteaux, etc… lui rappelait des souvenirs amoureux et il nous les racontait obligatoirement, et avec force détails ! Quant au chien, ce devait être un chien plein de flair, car il nous amena directement, non pas sur la disparue, mais vers une chienne en chasse !
Bref, malgré la marche pénible dans ce terrain accidenté, ce fut un après midi très gai ! Mais nous n’avions pas trouvé la disparue, pas plus d’ailleurs qu’aucune des autres patrouilles. Malheureusement, car la suite ne fut pas gaie du tout. Au contraire, ce fut le drame… Où l’intéressée passa-t-elle la nuit qui suivit, personne ne put le dire. Quels phantasmes lui passèrent alors dans la tête ? Toujours est-il qu’au petit matin, comme la chèvre de monsieur Seguin, elle alla dans un tunnel de la voie ferrée proche, s’allongea sur les rails après avoir placé un mouchoir sous sa tête, et le premier train du matin venant d’Ambert, l’écrasa…
Un autre jour, le garde champêtre d’Augerolles vint me chercher pour aller examiner le cadavre d’un homme déjà âgé, qui habitait seul avec sa femme dans une ancienne ferme très isolée. Le cadavre avait été découvert dans le chemin desservant cette ferme, chemin également très isolé et en fait seulement fréquenté par les deux personnes en question. La mort remontait déjà à quelques jours, ce qu’on pouvait affirmer par une pluie d’orage survenue quelques jours auparavant et qui avait entraîné de la boue contre le corps couché en travers du chemin et qui ne présentait rien de suspect.
« Mais pourquoi sa femme n’est-elle pas venue prévenir ? Où est-elle encore allée courir ? » me dit le garde (il semblait qu’autrefois, elle ait eu cette réputation).
Nous allâmes jusqu’à leur maison située à 3000 mètres environs, et ouvrîmes la porte non fermée à clé, d’où s’échappèrent un ou deux chats et un chien. Le garde monta au premier et m’appela aussitôt. La pauvre femme ne risquait plus d’aller « courir » ! Morte sur le lit et toute la moitié gauche du visage et le cou dévorés ! C’était horrible !
On peut reconstituer ainsi les évènements : elle avait dû avoir quelque chose de grave et de brutal (crise cardiaque, attaque d’hémorragie cérébrale, ou peut-être mort subite ? ?) ; le mari était parti chercher du secours, en oubliant de faire sortir les animaux, avant de refermer la porte ; à son tour, quelque chose de brutal l’avait terrassé sur le chemin, amenant sa mort ; et les animaux affamés avaient fait le reste !…
Enfin, je fus un jour appelé en montagne, pour une affaire de mœurs. Un jeune homme, du genre un peu « demeuré », paraissant inoffensif, réfugié avec sa mère dans le pays (on était alors à la fin de la guerre) avait eu des initiatives déplacées vis-à-vis d’une petite fille de six ans. Celle-ci avait alerté ses parents.
Quand j’arrivai dans le pays, à la maison qui m’avait été désignée, je tombai dans un atmosphère bien curieuse ; dans la salle commune, le coupable était assis seul dans un coin, plutôt embêté (on le serait à moins !), un peu comme le monsieur qui a pris une purge et attend vainement qu’elle fasse effet ! Et trois femmes qui le gardaient et qui me dirent : « On a fait monter les gendarmes pour qu’ils lui passent un bon savon ! » Enfin, j’examinai la petite fille. Il n’y avait, heureusement, aucun mal, le coupable s’étant livré seulement à quelques caresses et attouchements sans aller plus loin. Je rédigeai un certificat et je partis…
Les gendarmes montèrent. Il est probable qu’ils lui « passèrent un savon », mais ils l’emmenèrent aussi avec eux. L’affaire ne dut cependant pas avoir des suites pénales importantes, vu la limitation des faits reprochés et l’état mental un peu infantile du coupable, car je n’en entendis plus parler et ne fus pas appelé à témoigner à aucun moment.
La conclusion de l’affaire (je n’ose pas dire la morale !) me fut donnée quelques jours plus tard par la marquise -douairière d’Augerolles- qui me déclara, avec cette belle verdeur de langage que peut seule se permettre la vraie noblesse : « Le pauvre imbécile ! Qu’avait-il besoin d’aller s’attaquer à une petite fille ? Il y avait bien des chèvres dans son village ! ».