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Chapitres
Raconter mes souvenirs de médecin ; ou tout au moins en égrener quelques-uns, car beaucoup sont sortis de ma mémoire, c’est là une entreprise quelque peu ambitieuse. Je ne m’y serais pas engagé si, fréquemment, ma femme ne m’avait poussé à le faire et si, tout récemment, mon fils Pierre ne m’avait à son tour sollicité ; l’un et l’autre me disant que ces quelques petites histoires intéresseront plus tard mes petits enfants en leur montrant ce qu’était la médecine de campagne au milieu du vingtième siècle.
J’avais d’ailleurs pensé à les relever pendant l’hiver dernier 84/85, qui fut vraiment rigoureux ; alors que tout le monde se plaignait de cet hiver et des difficultés rencontrées pour se déplacer, je pensais à celles rencontrées pendant les cinq ou six premières années de mon installation. Je me disais qu’à ce moment-là les conditions actuelles de déplacement, même pendant un hiver rigoureux m’auraient paru relever de souhaits utopiques… Et puis, je n’ai pas donné suite à ce projet !
Mais maintenant tans pis, allons-y ! Essayons de secouer un peu la poussière qui recouvre tous ces souvenirs anciens et de ressortir les anecdotes de la vie d’un médecin à la campagne même si parfois, j’en préviens les personnes délicates, ces anecdotes ont un parfum quelque peu rabelaisien ! … Et, espérons que j’en viendrai à bout et n’abandonnerai pas en route !
Deux petites précisions : d’une part je commence à écrire ces lignes en novembre 1985, alors que la neige est tombée en avance cette année et m’empêche d’aller jardiner (ceci explique cela !) et, d’autre part, mes histoires médicales couvrent les années 1943 à 1960.
Pendant la période intermédiaire la médecine a fait des progrès énormes, principalement du point de vue technique, il ne faut cependant pas croire qu’elle sortait tout juste de ses balbutiements et que nous soignions comme au moyen âge ! La thérapeutique, médicale ou chirurgicale, était assez efficace et se trouvait déjà en pleine mutation par les découvertes de cette période qui allaient complètement modifier le pronostic de beaucoup de graves maladies, en particulier de deux des terreurs de cette époque : la tuberculose et la syphilis. Ceci m’amène à philosopher dans deux directions différentes :
Déjà au début de mes études médicales, en 35/36 on s’inquiétait dans bon nombre de revues de la place grandissante prise par la chimie dans la pharmacopée. Que diraient les auteurs de ces articles en parcourant le « Vidal » des spécialités pharmaceutiques ou les formulaires actuels ? … A noter que le « Vidal » des années 43/60 était déjà d’une épaisseur respectable ! …
Dès la fin de la guerre 39/45 et pendant les quelques années qui ont suivi l’accroissement du coût de la médecine lié aux nouvelles découvertes médicales (médicaments et techniques) ont évolué de pair avec un accroissement similaire du pourcentage des guérisons et en conséquence de la durée moyenne de la vie, suivant, peut-on dire, une fonction algébrique du 1er degré. Actuellement, toute augmentation minime de ces résultats demande une augmentation du coût médical suivant une courbe asymptotique. Cela pourra-t-il être continué longtemps et que pourra être la médecine de demain ?
Enfin ne philosophons pas trop sur la médecine de l’avenir. Pour le moment, penchons-nous quelque temps sur celle du passé ! …
J’ai commencé mes études de médecine pendant l’année universitaire 1934/1935 : une année préparatoire -On l’appelait à l’époque le P.C.B. : physique, chimie, biologie ou, pour les étudiants « petits cochons blancs » par opposition aux « petits cochons noirs » ou P.C.N. dans la terminologie universitaire des années précédentes ! - et puis le début des vraies études médicales à partir de l’année 35/36. Je ne raconterai rien sur cette période universitaire, ce n’est pas le but de ces quelques notes, simplement qu’ayant eu la chance, après avoir été externe, d’être nommé interne, à la maternité, en service pédiatrie, en service ORL, et en médecine générale, les notions pratiques recueillies dans les postes occupés dans ces différents services, sans compter la petite chirurgie, c’est-à-dire comme médecin généraliste de campagne…
J’oubliais de dire que j’avais mené parallèlement à mes études de médecine des études de pharmacie, les unes et les autres à Clermont-Ferrand alors École dite de plein exercice, ce qui me facilita dans mes formulations d’ordonnances (à l’époque, on formulait beaucoup de préparations dites « magistrales », exécutées par le pharmacien, ce qui n’est guère le cas maintenant)… Comme j’obtins mon diplôme de pharmacien en 1938 et celui de docteur en médecine en 1943, cela me valut d’être pharmacien de l’université de Toulouse où les Clermontois allaient alors passer leurs examens de fin d’études et médecin de l’université de Strasbourg repliée alors à Clermont du fait de la guerre.
Ce diplôme de pharmacien me valut aussi d’être classé pharmacien au point de vue militaire et non pas médecin, ce qui aurait été plus logique, étant donné que je n’ai jamais entrepris aucune carrière pharmaceutique. Je n’ai jamais pu faire changer cette classification ! Tirons donc un trait sur ces études de « potard ».